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Quels sont les enjeux de la conservation de la diversité du vivant dans nos forêts ? Si celle-ci repose sur le fragile équilibre des écosystèmes forestiers, la disparition d’une seule espèce engendre quant à elle des bouleversements à l’échelle de son environnement tout entier. La préservation de la biodiversité et des écosystèmes est donc étroitement liée.

Episode 2 : La diversité du vivant au service de l’équilibre des écosystèmes forestiers

07/05/2019 - Margot et Anne-Lise de Reforest'Action


Catégorie: 

biodiversité - érosion de la biodiversité - extinction des espèces - déforestation - vivant

Quels sont les enjeux de la conservation de la diversité du vivant dans nos forêts ? Si celle-ci repose sur le fragile équilibre des écosystèmes forestiers, la disparition d’une seule espèce engendre quant à elle des bouleversements à l’échelle de son environnement tout entier. La préservation de la biodiversité et des écosystèmes est donc étroitement liée.

Pourquoi la biodiversité est-elle nécessaire à l’équilibre des écosystèmes forestiers ?

L’extinction d’une espèce peut en entraîner d’autres  

L’interdépendance des espèces vivantes est un aspect essentiel du fonctionnement d’un écosystème. D’après un article publié dans la revue Sciences en 2004, la liste rouge de l’UICN, qui recense toutes les espèces vivantes en danger d’extinction, est incomplète : elle ne prend en effet pas en compte les espèces qui seraient à leur tour menacées en cas de disparition de ces espèces en danger. Ce serait ainsi près 6300 espèces « co-menacées » qui seraient absentes de la liste. Il s’agit souvent d’espèces moins médiatiques, qui dépendent de l’existence d’autres espèces, comme les herbivores et leurs plantes-hôtes, ou encore les plantes et leur espèces pollinisatrices. Au sein d’un écosystème, chaque espèce permet la survie d’une autre. La disparition de l’une d’entre elles impliquerait le déséquilibre de l’écosystème entier.

La biodiversité du sol, au service de la fertilité des sols forestiers

La biodiversité du sol, par exemple, est essentielle au fonctionnement des écosystèmes forestiers. Sans les vers de terre, termites, fourmis, acariens et bactéries qui constituent 25% de la biodiversité mondiale, les feuilles qui tombent à l’automne ne se décomposeraient pas. Ils sont indispensables à la décomposition des matières organiques et à la fertilisation des sols, et permettent donc aux plantes de pousser. Bien qu’invisibles, ils sont d’une importance majeure pour la vie de la forêt.

La pollinisation, une fonction essentielle à la régénération des forêts

Certains insectes, oiseaux, reptiles ou petits mammifères assurent quant à eux une autre fonction essentielle à l’extension, la régénérescence et la bonne santé des arbres et de la forêt : la pollinisation. Ce processus permet la reproduction des arbres grâce au transfert du pollen produit par l’organe mâle d’une fleur (étamine) vers l’organe femelle (stigmate). Si celui-ci peut se faire en partie grâce au vent, les insectes pollinisateurs ont aussi une fonction essentielle. Lorsqu’ils butinent, le pollen adhère à leur corps ; ils le transportent donc de fleur en fleur. Les fleurs fécondées donnent ainsi des fruits ou des graines. Les animaux de la forêt transportent ensuite ces fruits et ces graines, notamment pour se nourrir ou bien accrochés à leurs corps ; ils les sèment ailleurs en les rejetant, et permettent ainsi aux arbres de se « déplacer » et de renaître.

Pourquoi la biodiversité forestière est-elle nécessaire à l’homme ?

Ces services que la forêt rend aux sociétés humaines

Si aujourd’hui, 54% de la population mondiale vit en zone urbaine, l’Homme ne peut toutefois pas vivre sans la forêt. Il est en effet dépendant des services écosystémiques fournis par la forêt, c’est-à-dire des bénéfices issus des forêts qui profitent aux espèces, notamment humaines. Ces services sont traditionnellement classés en quatre grands types : services d’approvisionnement en matières premières (telles que le bois ou les produits non-ligneux issus des arbres), services de régulation (dépollution, fertilisation, pollinisation), services de protection naturelle (soutien à l’adaptation des milieux aux aléas naturels, aux maladies, aux changements climatiques) et services socioculturels (apport de connaissance, de bien-être, de culture, de lien social).

La biodiversité des forêts est essentielle à la production de leurs services écosystémiques

Or, la biodiversité animale forestière joue un rôle prégnant dans ces services écologiques fournis par la forêt. L’abeille, par exemple, est un insecte pollinisateur qui nous est vital. On estime qu’un tiers de l’alimentation mondiale résulte du service de pollinisation effectué par les abeilles, dont la valeur monétaire est évaluée à 153 milliards d’euros par an, dans le monde. Il témoigne donc de l’importance de la biodiversité animale, mais aussi de notre place en tant que maillon de la biosphère.

Est-il possible de préserver la biodiversité dans sa totalité ?

L’essor des campagnes de protection…

Grâce à une prise de conscience progressive de l’érosion de la biodiversité animale de la forêt, de multiples campagnes de protection des espèces menacées ont vu le jour au cours des trois dernières décennies, couronnées par certains résultats positifs : le panda géant, espèce en danger depuis des décennies, est ainsi passée de « en danger » à « vulnérable » selon l’UICN. La population de tigres à l’état sauvage, quant à elle, a augmenté de 3 200 en 2012 à 3 900 environ aujourd’hui. Il s’agit de petites avancées, qui témoignent néanmoins de l’importance des efforts fournis et de leur succès.

…au détriment des espèces les moins charismatiques

Cependant, cet effort de conservation ne profite qu’à une partie de la biodiversité, laissant de côté les espèces moins charismatiques. La plupart des campagnes de protection concernent en effet les espèces qui suscitent le plus d’intérêt auprès du grand public. Une étude menée en août 2018 par la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité montre ainsi les programmes de recherche sur la biodiversité et les efforts de conservation à son égard dépendent effectivement de la préférence sociétale accordée à certaines espèces dites « charismatiques » : le tigre, le lion, l’éléphant, la girafe, le léopard, le panda, le guépard, l’ours blanc, le loup gris et le gorille. Claire Régnier, chercheuse au Muséum national d’histoire naturelle, révèle quant à elle que pour 100 scientifiques se concentrant sur les vertébrés, un seul étudie les invertébrés. Pour tenter de pallier cette inégalité, le scientifique anglais Simon Watt a créé l’association Ugly Animals Preservation Society, mettant ainsi en lumière les nombreuses espèces menacées et pourtant trop disgracieuses aux yeux du grand public pour faire l’objet d’une campagne de protection.

Les espèces charismatiques sont elles-mêmes victimes de leur succès

Ces espèces charismatiques restent pour autant elles aussi gravement menacées. Malgré les résultats positifs observés pour le panda géant et le tigre notamment, la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité signale ainsi qu’à moins d’un changement radical, il est très probable que la plupart de ces dix espèces définies comme étant les plus charismatiques aient disparu à l’état sauvage au cours des prochaines décennies. Une étude du CNRS a en effet révélé que leur omniprésence dans les films, sur des affiches et les logos des marques donne l’impression que ces animaux sont moins menacés qu’ils ne le sont réellement et désensibilise la population aux risques d’extinction qu’ils encourent.

Du petit ver de terre au grand panda de Chine, chaque espèce est essentielle à l’équilibre des écosystèmes forestiers. Face à la difficulté à protéger chaque espèce, la protection et la restauration de ces derniers apparaissent alors comme étant la solution globale la plus efficace pour préserver la biodiversité dans son entier.

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