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CRCF : le premier cadre européen pour les projets de réduction et d’absorption carbone

Décryptages

Alors que les marchés des crédits carbone ont longtemps été portés par une diversité de standards privés, l’Union européenne cherche aujourd’hui à construire un langage commun autour d’un sujet devenu central pour la neutralité climatique : les projets concourant à la réduction et l’absorption de CO₂ en Europe. Dans ce contexte, le Carbon Removal Certification Framework (CRCF) constitue une étape structurante. Adopté dans ses grands principes en 2024, ce cadre européen vise à harmoniser la manière dont certaines activités de retrait et de stockage de carbone peuvent être mesurées, certifiées, vérifiées et suivies, afin de renforcer la comparabilité et la crédibilité des résultats revendiqués. Pour les entreprises et les investisseurs, l’enjeu est immédiat : à mesure que les exigences de transparence, de suivi et de mesure d’impact se renforcent, la capacité à distinguer clairement ce qui relève d’une réduction d’émissions et ce qui relève d’une absorption devient un point de crédibilité majeur. Le CRCF ne se limite pas à reconnaître l’intérêt des absorptions ; il vise à préciser les conditions dans lesquelles elles peuvent être démontrées, encadrées dans le temps, et rendues lisibles pour les parties prenantes.

Un cadre européen pour certifier les absorptions

La neutralité climatique repose d’abord sur une réduction massive des émissions sur l’ensemble des scopes 1, 2 et 3. Mais les trajectoires de long terme reconnaissent également la nécessité de développer des absorptions, qu’elles soient fondées sur la nature ou technologiques, notamment pour traiter une part d’émissions résiduelles difficilement évitables. Dans ce contexte, l’enjeu est de s’assurer que les absorptions mobilisées répondent à des critères d’intégrité suffisamment robustes, avec des règles de comptabilisation explicites et cohérentes.

C’est précisément l’ambition du CRCF : créer une infrastructure européenne de certification — volontaire mais structurante — afin de réduire l’hétérogénéité du paysage, de rehausser le niveau d’exigence, et de rendre les résultats comparables, traçables et vérifiables.

Trois catégories d’activités, une logique commune

Le CRCF a vocation à encadrer la certification de trois grandes catégories d’activités. D’abord, les absorptions dites permanentes, qui renvoient à des formes de stockage conçues pour durer sur des horizons longs, souvent associées à des solutions industrielles ou géologiques. Ensuite, les activités de carbon farming, qui regroupent des pratiques fondées sur la nature visant à augmenter le stockage de carbone dans la biomasse et les sols. Enfin, le cadre couvre le stockage de carbone dans des produits, lorsque le carbone est incorporé dans des matériaux ou des biens présentant une durée de vie significative.

Cette structuration est importante car elle marque une évolution : le sujet n’est plus seulement celui d’unités carbone au sens classique, mais celui d’activités certifiées selon un cadre européen, avec une logique harmonisée de vérification et de suivi. En encadrant les conditions dans lesquelles un retrait de CO₂ peut devenir un résultat démontrable et durable, reconnu par une méthode commune, le CRCF permettra d’émettre des crédits carbone au sein de l’Union Européenne sous un standard commun reconnu par les institutions européennes comme les Etats membres.

Transformer l’absorption en résultat vérifiable

Le point structurant du CRCF est la place accordée à la preuve. Pour qu’une absorption puisse devenir un instrument de confiance, elle doit reposer sur une quantification robuste, des règles explicites de mesure, et une capacité à être auditée. Cette exigence ne concerne pas seulement le volume affiché : elle porte aussi sur les conditions qui rendent ce volume crédible — additionnalité, période de stockage, gestion du risque de réversibilité, transparence des données, et suivi dans le temps.

La qualité devient alors un attribut démontrable, appuyé sur une méthode et une gouvernance, et non un simple marqueur déclaratif.

Un cadre en construction

Le CRCF est actuellement en phase d’opérationnalisation. Le cadre général adopté en décembre 2024 fixe l’architecture, mais la réalité de son application dépend de la construction de méthodologies, de règles de vérification et de registres, qui doivent transformer des principes en exigences réellement exécutables selon les types de projets (agricoles, forestiers, technologiques…).

Cette dynamique est visible au travers des projets d’actes délégués (instruments juridiques par lesquels la Commission européenne précise certains éléments d’un règlement, sur mandat du législateur, afin d’en rendre l’application plus opérationnelle) dont deux ont déjà circulé en vue de leur adoption. L’acte délégué couvrant certains projets fondés sur la nature (agroforesterie, afforestation…) est actuellement en consultation publique en vue d’une publication au printemps 2026.

Ces projets de textes illustrent une évolution d’ores et déjà très structurante : l’Union européenne ne traite pas les solutions fondées sur la nature comme un bloc homogène, mais avance par méthodologies distinctes, adaptées aux réalités des pratiques. Deux approches de carbon farming sont notamment détaillées : l’agroforesterie et la plantation (afforestation). Sans préjuger de leur version finale, ces documents confirment la direction générale du CRCF : une certification fondée sur la preuve, exigeant la définition d’une situation de référence sur une base scientifique, la démonstration de l’additionnalité, des règles explicites de quantification, ainsi qu’un suivi dans le temps, avec une attention renforcée envers la permanence et le risque de réversibilité. Autrement dit, l’Europe ne se contente pas d’encourager les absorptions fondées sur la nature : elle cherche à en préciser les conditions de robustesse, afin de rendre ces résultats plus comparables et plus crédibles pour les acteurs économiques.

Ce qui peut changer pour les entreprises et les investisseurs

Pour les entreprises comme pour les investisseurs, le CRCF a une implication centrale : il rend les projets de réduction et d’absorption plus lisibles, en créant un standard européen reconnu par les institutions. La crédibilité d’une démarche climat ne se jouera pas uniquement sur l’existence d’un budget dédié à des projets de séquestration ou d’absorption, mais sur la capacité à expliquer clairement la nature de l’activité certifiée, la méthode de quantification, la durée du stockage, les garanties associées et les modalités de suivi.

Ce point est déterminant pour les stratégies net zéro. Il encourage à clarifier, dès l’amont, la distinction entre la réduction des émissions de l’entreprise — qui doit rester le socle — et la mobilisation d’absorptions comme instrument complémentaire, relevant d’une logique de contribution ou de traitement des émissions résiduelles selon les cadres de référence adoptés. En rendant progressivement les méthodes plus harmonisées et plus auditables, le CRCF élève le niveau d’attente sur la preuve et la documentation, et influence directement les critères de sélection des projets ainsi que la manière de formuler les engagements publics.

Pour les investisseurs, le CRCF constitue un signal de maturation : il ouvre la voie à un environnement plus structuré pour les absorptions certifiées, avec une meilleure lisibilité des risques liés à la qualité, au suivi et à la permanence – sans toutefois réduire la nécessité de diligence.

L’approche de Reforest’Action : des projets fondés sur la nature, de haute intégrité

La contribution climat des entreprises prend tout son sens lorsqu’elle s’appuie sur des projets aptes à produire des résultats démontrables, suivis dans le temps, et alignés avec des cadres de plus en plus exigeants. Reforest’Action s’inscrit dans cette dynamique en développant et mettant en œuvre des projets de séquestration carbone fondés sur la nature, avec une approche exigeante en matière de mesure, de traçabilité et de transparence — afin d’offrir aux organisations des solutions concrètes pour structurer leur contribution climat à court terme et à long terme.

Le CRCF marque une inflexion majeure : l’Europe ne se contente plus de reconnaître l’intérêt des absorptions mais cherche à créer les conditions de leur certification et de leur comparabilité. En posant un cadre commun structurant, le CRCF élève le niveau d’exigence sur la preuve, le suivi et la durabilité des résultats certifiés, et accélère une transformation déjà à l’œuvre : le passage d’un paysage hétérogène à un référentiel plus lisible, plus harmonisé et plus auditable. Pour les entreprises et les investisseurs, comprendre ce cadre devient un avantage stratégique. Non seulement parce qu’il clarifie les conditions de crédibilité d’une action de retrait de carbone aux yeux de l’Union européenne, mais surtout parce qu’il redessine les attentes du marché : demain, la valeur d’un projet carbone ne sera pas seulement dans les résultats annoncés, mais dans la robustesse des méthodologies, la transparence des garanties, et la cohérence des usages au regard des cadres européens.