L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a publié ce 17 septembre 2026 la cinquième édition de son rapport State of Global Water Resources, consacré à l’état des ressources mondiales en eau en 2025. Fondée sur quinze variables hydrologiques – débits des cours d’eau, nappes souterraines, humidité des sols, lacs, neige, glaciers ou encore stockage terrestre de l’eau –, cette nouvelle édition propose également une lecture rétrospective des cinq dernières années. Elle met en évidence des anomalies hydrologiques qui se répètent dans de nombreuses régions du monde et affectent simultanément les flux d’eau, les stocks disponibles et leur répartition dans le temps et dans l’espace. Pour les entreprises, il ne s’agit ainsi plus seulement d’évaluer la disponibilité actuelle de la ressource, mais de comprendre dans quelle mesure les activités économiques restent robustes lorsque les conditions hydrologiques s’écartent de façon répétée de leurs références historiques.
Des écarts aux références historiques qui se répètent
Pour mesurer l’état des ressources en eau, l’OMM compare les valeurs observées en 2025 à des périodes historiques de référence. L’un des enseignements les plus significatifs du rapport concerne les débits des cours d’eau. En 2025, environ 36 % de la superficie mondiale des bassins versants a connu des débits inférieurs à la plage de référence, tandis que 36 % se situait dans celle-ci. À l’échelle mondiale, l’année figure ainsi parmi les plus sèches observées en matière de débit fluvial au cours des 35 dernières années.
Pris isolément, un tel résultat pourrait relever de la variabilité interannuelle. Mais la rétrospective proposée par l’OMM fait apparaître une répétition de ces anomalies : depuis sept ans, la part des bassins mondiaux présentant des débits situés dans la plage historique de référence oscille entre 34 % et 38 %, contre 46 % en moyenne sur la période 1991-2020. Des déficits récurrents ont notamment été observés en Amérique du Nord, dans les bassins de l’Amazone et de La Plata, en Afrique centrale et orientale, en Asie centrale et au Moyen-Orient.
Pour les entreprises, la répétition des écarts aux références historiques impose dorénavant de mieux intégrer la variabilité hydrologique dans les choix d’investissement, d’implantation, d’approvisionnement ou de gestion des risques.
La disponibilité de l’eau ne dépend pas seulement des précipitations
La quantité de pluie reçue par un territoire ne suffit pas à rendre compte de la disponibilité réelle de l’eau. Celle-ci dépend également de sa capacité à être stockée dans les sols, les nappes souterraines, les lacs, la neige ou les glaciers, puis restituée au cours du temps.
Le rapport analyse à ce titre le Terrestrial Water Storage (TWS), ou stockage terrestre de l’eau, qui regroupe ces différentes réserves. Contrairement au débit des cours d’eau, sensible aux variations à court terme des précipitations et de la fonte des neiges, cet indicateur permet d’observer des évolutions plus lentes, telles que l’épuisement des nappes, la diminution des réserves ou la perte de glace.
Depuis 2014-2016, l’OMM observe une diminution persistante du stockage terrestre de l’eau, avec une proportion croissante de territoires présentant des niveaux inférieurs à leur référence historique. Le rapport souligne ainsi que, dans l’ensemble, les terres émergées retiennent aujourd’hui moins d’eau douce qu’auparavant.
Les eaux souterraines témoignent également de ces tensions. En 2025, parmi les stations disposant de données exploitables, 65 % ont enregistré un niveau moyen annuel situé en dehors de la plage de référence et 34 % un niveau inférieur ou très inférieur à celle-ci. Des déficits persistants ont notamment été observés en Europe centrale et orientale, aux États-Unis, au Mexique, au Chili, au Brésil, en Afrique du Sud, en Inde et en Australie.
À cette évolution s’ajoute celle de la cryosphère. Entre 2023 et 2025, les glaciers ont perdu environ 1 400 milliards de tonnes d’eau à l’échelle mondiale. 2025 constitue la quatrième année consécutive au cours de laquelle toutes les grandes régions glaciaires ont enregistré une perte nette de masse. Certaines régions pourraient même avoir déjà dépassé leur peak water, c’est-à-dire le moment où l’apport en eau issu de la fonte des glaciers atteint son maximum avant de diminuer.
Du stress hydrique à la variabilité hydrologique
Le rapport met également en évidence une réalité plus large : le risque hydrique ne se limite pas au manque d’eau. Les cinq dernières années ont certes été marquées par des sécheresses pluriannuelles importantes dans les bassins de l’Amazone et de La Plata, au Moyen-Orient ou dans la Corne de l’Afrique. Mais, parallèlement, des épisodes d’inondation sévère se sont répétés en Afrique occidentale et centrale ainsi qu’en Asie du Sud-Est.
En 2025, ces contrastes sont particulièrement visibles. Alors que l’Europe orientale, la Méditerranée et le Moyen-Orient subissaient des sécheresses sévères, plusieurs régions d’Afrique et d’Asie étaient confrontées à des précipitations extrêmes et à des inondations majeures.
Entre 2021 et 2025, environ 1 500 événements extrêmes liés à l’eau ont été recensés dans la base EM-DAT, causant au moins 62 500 décès. L’Asie et l’Afrique concentrent à elles seules près de la moitié des événements enregistrés et plus de 80 % des décès associés.
Le risque hydrique concerne donc aussi l’excès d’eau, la saisonnalité des précipitations, les variations de débits, l’état des réserves ou encore l’alternance entre épisodes secs et humides. Pour une entreprise, ces différentes dimensions peuvent affecter aussi bien la continuité des opérations que la disponibilité de certaines matières premières, le fonctionnement des infrastructures ou la résilience des territoires dont dépend sa chaîne de valeur.
Le bassin versant, une échelle déterminante pour comprendre le risque
L’eau est une ressource profondément territorialisée. Une activité économique ne dépend pas d’une disponibilité mondiale ou même nationale de l’eau, mais du fonctionnement d’un bassin versant : régime des précipitations, état des sols et des nappes, saisonnalité des débits, usages concurrents ou encore capacité du territoire à retenir et restituer l’eau. Deux sites présentant des volumes de prélèvement similaires peuvent ainsi être exposés à des niveaux de risque très différents selon leur contexte hydrologique.
Cette dimension invite à dépasser une approche strictement quantitative de la gestion de l’eau. Mesurer les prélèvements, réduire les consommations et améliorer l’efficacité des procédés sont essentiels, mais ne suffisent pas à eux seuls à caractériser la vulnérabilité hydrique d’une activité. Il devient également nécessaire de comprendre où l’eau est prélevée, à quel moment, dans quel état se trouvent les différentes réserves du territoire et comment évolue l’ensemble du cycle hydrologique local. Le bassin versant constitue ainsi une échelle particulièrement pertinente pour mettre en relation dépendances économiques et réalités écologiques.
Renforcer la résilience des territoires face à une ressource plus variable
Le rapport de l’OMM est volontairement scientifique et rétrospectif : il vise avant tout à fournir une base de connaissance susceptible d’éclairer les stratégies, les politiques publiques et les décisions d’investissement. Son diagnostic invite néanmoins à faire évoluer la manière dont le risque hydrique est appréhendé.
Lorsque les écarts aux références historiques se répètent, l’enjeu ne peut plus consister uniquement à sécuriser ponctuellement un volume d’eau. Il devient également nécessaire de renforcer la capacité des territoires à absorber les périodes de déficit comme les excès, et à préserver dans le temps les fonctions qui permettent à l’eau de s’infiltrer, d’être stockée et de circuler.
Dans cette perspective, les Solutions fondées sur la Nature peuvent compléter les efforts de sobriété et les infrastructures de gestion de l’eau en intervenant sur le fonctionnement écologique des bassins versants. Restauration des sols et des écosystèmes, couverture végétale ou pratiques agroforestières peuvent ainsi être pensées non comme des réponses génériques, mais à partir des vulnérabilités propres à chaque territoire et des fonctions hydrologiques qu’il s’agit de renforcer. Cette approche suppose donc de passer d’une logique centrée sur la seule disponibilité immédiate de la ressource à une logique de résilience hydrique territoriale.
L’OMM clôt sa rétrospective sur trois interrogations : comment les ressources en eau évoluent-elles à l’échelle mondiale ? Les changements observés relèvent-ils de la variabilité, de tendances émergentes ou de transformations plus structurelles ? Et disposons-nous de données suffisantes pour le déterminer ? Pour les entreprises, une question supplémentaire se pose : leurs stratégies sont-elles préparées à un contexte dans lequel les écarts aux références hydrologiques historiques se répètent, parfois sous des formes opposées, sur les territoires dont elles dépendent ?
Pour aller plus loin
Comment passer du diagnostic des risques hydriques à une stratégie de résilience à l’échelle des territoires ? Dans notre livre blanc « Résilience hydrique – Anticiper les risques liés à l’eau grâce aux Solutions fondées sur la Nature », nous décryptons le rôle des sols et des écosystèmes dans la régulation de l’eau, les vulnérabilités qui en découlent pour les entreprises et la manière dont les Solutions fondées sur la Nature peuvent contribuer à renforcer la résilience des territoires.