En Haute-Savoie, les forêts de moyenne montagne et du piémont alpin sont confrontées, comme ailleurs en France, aux effets conjugués du changement climatique, des tempêtes et des déséquilibres sylvicoles hérités du passé. À Fillière et La Roche-sur-Foron, Reforest'Action accompagne le Groupement Forestier du Chesnet dans une trajectoire de restauration ancrée dans la durée, avec une approche adaptée aux dynamiques propres à chaque peuplement. Depuis 2021, les projets menés dans le cadre de ce partenariat illustrent une approche exigeante de la restauration forestière : préserver les dynamiques naturelles déjà à l’œuvre, renforcer la diversité des forêts et planter uniquement là où l’écosystème en a besoin.
Un partenariat construit dans la durée
Depuis 2021, la collaboration entre Reforest’Action et le Groupement Forestier du Chesnet a permis de déployer un total de 12 projets situés sur les communes de Fillière et La Roche-sur-Foron, représentant 79 hectares restaurés et 113 853 arbres plantés ou accompagnés dans le cadre de projets de restauration. Cette maturité se traduit aujourd’hui par l’intégration progressive de projets relevant du Label Bas-Carbone, témoignant d'une volonté d'inscrire certaines initiatives dans un cadre méthodologique reconnu pour la quantification et le suivi de leurs bénéfices climatiques.
La continuité du partenariat entre Reforest'Action et le Groupement Forestier du Chesnet est déterminante. Elle permet de dépasser la logique de l’intervention ponctuelle pour construire, sur le temps long, une véritable trajectoire de restauration à l’échelle d’un patrimoine forestier. Pour les entreprises qui souhaitent soutenir des projets à fort impact, cette dimension est essentielle : elle garantit que leur contribution s’inscrit dans un cadre territorial cohérent, porté par des acteurs de terrain engagés et suivi dans le temps.
Le Groupement Forestier du Chesnet incarne cette approche. Créé autour d'un projet familial, il ne considère pas la forêt comme un simple actif patrimonial, mais comme un héritage vivant à préserver, améliorer et transmettre aux générations futures. Cette vision se traduit par une présence constante sur le terrain. Observer l'évolution des peuplements, identifier les arbres d'avenir, suivre les effets des interventions sylvicoles ou encore aller à la rencontre de propriétaires de parcelles voisines pour construire une gestion plus cohérente à l'échelle du territoire font partie intégrante de leur démarche. Ici, la restauration forestière ne se pilote pas à distance : elle se construit au rythme des saisons, au contact quotidien de la forêt. Cette implication directe constitue l’un des facteurs clés de réussite du partenariat : restaurer une forêt exige une connaissance fine des milieux, mais aussi une capacité à inscrire l’action sur le long terme. Une vision que le Groupement Forestier du Chesnet résume en quelques mots : « Notre ambition est de transmettre des forêts en meilleure santé que celles dont nous avons hérité. Cela passe parfois par la plantation, parfois par l'accompagnement de la régénération naturelle, mais toujours par une gestion qui s'adapte au fonctionnement de la forêt et prépare les peuplements aux défis de demain. »

Restaurer à partir de ce que la forêt exprime déjà
Les projets menés à Fillière et La Roche-sur-Foron ne concernent pas une seule parcelle, mais s'inscrivent dans une dynamique plus large de restauration progressive d'un patrimoine forestier privé. Année après année, le Groupement Forestier du Chesnet agrège des parcelles parfois délaissées ou insuffisamment valorisées afin de leur redonner une cohérence de gestion et de renforcer la résilience de l'ensemble du massif.
À Fillière comme à La Roche-sur-Foron, les peuplements sont dominés par des épicéas et des feuillus adultes. Sous leur couvert, des essences diversifiées se sont installées naturellement, mais leur développement reste limité par le manque de lumière et la concurrence exercée par les arbres en place. C'est cette dynamique que les interventions sylvicoles cherchent à révéler. Au sein de chaque parcelle, les choix techniques reposent ainsi sur une lecture attentive de l’état du peuplement. L’enjeu n’est pas de repartir de zéro, mais de soutenir les jeunes arbres naturellement présents afin qu’ils puissent se développer dans de meilleures conditions.
C’est précisément le rôle de la régénération naturelle assistée (RNA). Cette méthode intervient au sein de forêts existantes où des semis et des arbres juvéniles sont déjà présents, mais où les conditions ne suffisent pas à garantir leur développement durable. Le forestier accompagne alors la croissance des jeunes arbres en leur apportant davantage d’espace, de lumière et de conditions favorables, grâce à des travaux adaptés au contexte de chaque parcelle.
À titre d’exemple, l’une des initiatives conduites à La Roche-sur-Foron vise à valoriser plus de 29 000 arbres issus des dynamiques naturelles du peuplement. La plantation de 1 000 arbres produits en pépinière intervient en complément, là où elle apporte une valeur écologique supplémentaire : diversification, enrichissement localisé, renforcement de la résilience future du peuplement. La plantation n’est donc pas écartée. Elle est replacée à sa juste place : un outil parmi d’autres, mobilisé lorsque le diagnostic écologique le justifie. Cette complémentarité entre régénération naturelle assistée et plantation ciblée correspond à l’approche défendue par Reforest’Action : adapter la solution au besoin réel de la forêt, plutôt que d’appliquer un modèle unique à l’ensemble des situations.

La diversité comme assurance écologique
Dans un contexte de changement climatique, de sécheresses plus fréquentes, de pressions sanitaires et d’aléas naturels, les peuplements composés d’un faible nombre d’essences présentent en effet une vulnérabilité accrue. À l’inverse, la diversité des essences, des structures et des stades de développement permet de mieux répartir les risques et de maintenir les fonctions écologiques de la forêt dans la durée.
À Fillière comme à La Roche-sur-Foron, l’un des objectifs est ainsi de renforcer la diversité des peuplements. Dans le cadre des projets menés, le choix sylvicole consiste à favoriser les essences naturellement peu représentées afin qu'elles puissent prendre leur place dans le peuplement.
La RNA contribue à cette diversification lorsqu’elle permet de sélectionner et de favoriser les essences déjà adaptées aux conditions locales. Les jeunes arbres issus de semis naturels témoignent déjà d'une capacité d'adaptation au milieu dans lequel ils se sont installés. Ils se développent au contact direct des contraintes de sol, d'exposition, d'humidité ou de concurrence végétale. Les accompagner, c'est reconnaître ce potentiel et lui donner les moyens de s'exprimer. Au-delà des individus eux-mêmes, la RNA contribue également à préserver un patrimoine génétique déjà façonné par les conditions locales. Issus des peuplements présents sur place, ces jeunes arbres sont le résultat de processus naturels de sélection opérant depuis plusieurs générations. Valoriser cette diversité génétique locale, c'est renforcer la capacité de la forêt à faire face aux évolutions climatiques, aux maladies et aux autres aléas qui façonneront les peuplements de demain.
Lorsque la régénération naturelle est insuffisante ou qu'un enrichissement du peuplement est nécessaire, des plantations ciblées viennent compléter cette dynamique. Réalisées dans les trouées du couvert forestier, sous forme de placeaux ou de bouquets, selon les caractéristiques et les objectifs propres à chaque secteur, elles permettent d'introduire des essences complémentaires adaptées aux objectifs sylvicoles de chaque parcelle. À Fillière et à La Roche-sur-Foron, la régénération naturelle est principalement composée de sapins, de hêtres, d'épicéas, de chênes et de charmes. Les plantations viennent l'enrichir avec des essences telles que le châtaignier, le merisier, le sorbier, l'érable, le tilleul, le cèdre, le douglas ou encore le mélèze. L'objectif n'est pas d'opposer régénération naturelle et plantation, mais de mobiliser chacune là où elle apporte le plus de valeur pour diversifier les peuplements, renforcer leur structure et accroître leur capacité d'adaptation face aux évolutions climatiques.
La diversification progressive des essences doit également permettre d'installer une structure forestière irrégulière, rendant possible une gestion continue, sans recours aux coupes rases.
Dans cette perspective, l'objectif n'est pas d'augmenter le nombre d'arbres, mais de construire un peuplement plus complexe, plus stable et plus apte à produire durablement ses services écosystémiques : stockage de carbone, accueil de biodiversité, protection des sols, régulation du cycle de l'eau, contribution à la ressource bois locale et maintien d'un paysage forestier vivant.

Une ambition commune au service de la forêt
La pertinence de ces projets tient aussi à la qualité de la relation entre Reforest’Action et son porteur de projet local. Le Groupement Forestier du Chesnet apporte la connaissance du terrain, la continuité de gestion et la capacité d’intervention concrète sur les parcelles. Reforest’Action apporte un cadre d’accompagnement, un financement, une exigence de qualité et la capacité de mobiliser des entreprises autour de projets forestiers à fort impact.
Cette répartition des rôles est essentielle. Les projets de restauration de haute intégrité ne peuvent pas être conçus à distance. Ils reposent sur des diagnostics de terrain, des arbitrages sylvicoles, une compréhension des dynamiques locales et un suivi attentif des interventions. À l’inverse, les ambitions des gestionnaires forestiers ont besoin de moyens financiers, de structuration et de visibilité pour se déployer à la bonne échelle.
Dans le cas du Groupement Forestier du Chesnet, le financement apporté par Reforest’Action permet d’accélérer des actions que les propriétaires souhaitaient déjà engager : diversification des peuplements, accompagnement de la régénération naturelle, amélioration de la résilience climatique et restauration de parcelles dégradées.
Cette logique d’accélération est centrale. Reforest’Action permet ainsi à des forestiers engagés de franchir un seuil, de déployer plus rapidement des travaux ambitieux et d’obtenir plus tôt des bénéfices écologiques, climatiques et sociaux au sein de leur territoire.

Un support d’engagement pour les entreprises
Les projets menés avec le Groupement Forestier du Chesnet ont également une dimension de sensibilisation. Plusieurs chantiers participatifs ont été organisés avec des entreprises contributrices aux projets, parmi lesquelles Kiabi et Veolia. Ces journées ont permis aux collaborateurs, ainsi qu’à leurs enfants, de découvrir les enjeux forestiers et de participer directement à des actions de restauration.
Ces temps de terrain jouent un rôle important. Ils donnent à voir la complexité réelle de la restauration forestière : comprendre une parcelle, identifier les jeunes arbres à favoriser, observer les interactions entre lumière, sol, végétation et couvert forestier, mesurer la différence entre planter et restaurer.
Pour les entreprises, cette expérience permet de dépasser une vision strictement symbolique de l’engagement environnemental. Elle montre que la contribution à un projet forestier ne se réduit pas au financement d’un certain nombre d’arbres, mais permet de soutenir une démarche écologique structurée, portée par des professionnels, inscrite dans un territoire et conçue pour produire des effets dans la durée.
Cette dimension est particulièrement importante pour les dirigeants d’entreprises confrontés à des attentes croissantes en matière de crédibilité environnementale. Les projets forestiers ne peuvent plus être appréhendés comme des actions périphériques de communication. Ils doivent s’intégrer dans une stratégie climat et biodiversité cohérente, appuyée par des projets robustes, traçables et adaptés aux réalités écologiques locales.

Une restauration forestière qui assume la complexité
À Fillière et La Roche-sur-Foron, les projets menés avec le Groupement Forestier du Chesnet illustrent ainsi une conviction forte : restaurer une forêt ne consiste pas à appliquer une solution unique, mais à choisir la bonne intervention au bon endroit.
Lorsque le potentiel de régénération naturelle est présent, il doit être identifié et accompagné. Lorsque ce potentiel est insuffisant, la plantation vient compléter le processus. Lorsque les peuplements manquent de diversité, les interventions doivent favoriser une plus grande richesse d’essences. Lorsque les parcelles sont fragilisées, elles doivent être réintégrées dans une trajectoire de gestion cohérente.
Cette approche demande davantage de finesse qu’un projet fondé uniquement sur la plantation. Elle exige une présence de terrain, une lecture écologique des peuplements et une relation de confiance entre les parties prenantes. C’est précisément ce que permet le partenariat entre Reforest’Action et le Groupement Forestier du Chesnet, construit autour d’une vision commune de la forêt : un écosystème vivant, multifonctionnel, productif, résilient et transmissible.
En Haute-Savoie, les projets menés avec le Groupement Forestier du Chesnet démontrent qu'une restauration forestière de haute intégrité ne repose jamais sur une solution unique. Elle s'inscrit dans une trajectoire de long terme, portée par des forestiers qui connaissent leurs peuplements, les observent évoluer et adaptent leurs interventions au fil du temps. À travers ce partenariat, Reforest'Action défend une approche de la restauration fondée sur la durée, la confiance et l'intelligence du terrain. C'est cette continuité, autant que les travaux eux-mêmes, qui permet de construire des forêts plus résilientes face aux défis climatiques.