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La sylvothérapie, également appelée bain de forêt, est une nouvelle tendance qui apparaît en France. Les sylvothérapeutes sont de plus en plus nombreux, et aller étreindre un arbre devient le prétexte d’une balade en famille. Mais comment expliquer ce phénomène ?

29/08/2018 - Margot Hallaire


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sylvothérapie - bain de forêt

La sylvothérapie, également appelée bain de forêt, est une nouvelle tendance qui apparaît en France. Les sylvothérapeutes sont de plus en plus nombreux, et aller étreindre un arbre devient le prétexte d’une balade en famille. Mais comment expliquer ce phénomène ?

Nous avons tous besoin d’un câlin

Apparue d’abord au début du XXème siècle en Europe comme cure pour les tuberculeux, la sylvothérapie renaît aujourd’hui au Japon, où elle est reconnue comme traitement médical depuis 1982. Les études du Dr. Qing Li, au sein de la Nippon Medical School, prouvent les bienfaits d’une marche en forêt, renforcés par le contact avec l’arbre. Et les résultats sont stupéfiants !

Dans son livre "Shinrin-Yoku : Les bains de forêt, le secret de santé naturelle des Japonais", le professeur Yoshifumi Miyazaki explique l’impact de ces marches méditatives sur le corps. Comment ? A travers des tests qui ont mesuré :

  • L’activité cérébrale : celle-ci décroît lorsque nous sommes plus détendus ;
  • L’activité du système nerveux autonome : d’une part, l’activité du système nerveux sympathique, qui augmente en période de stress, d’autre part, celle du système nerveux parasympathique, qui augmente quand le corps est détendu ;
  • Les marqueurs de stress dans la salive : on relève l’importance du cortisol dans la salive, révélateur du stress d’un individu ;
  • L’activité du système immunitaire : le nombre de cellules tueuses (aussi appelées lymphocytes, il s’agit de cellules du système immunitaires qui participent à la destruction des cellules cancéreuses) et leur activité.

Pour les premières observations, deux groupes d’individus ont été placés simultanément en forêt et en ville, et des tests ont été réalisés à 5 moments de la journée : au réveil, avant et après la marche, avant et après la contemplation assise. Les chercheurs ont ensuite calculé la différence des résultats entre le groupe situé en ville et celui situé en forêt : l’activité nerveuse parasympathique, c’est-à-dire l’activité de la partie du cerveau qui indique notre détente, connaît une augmentation de 102% pendant la marche en forêt, par rapport à la marche en ville. De même, la concentration en cortisol salivaire, qui est un marqueur du stress, subi une baisse de 15,8% pendant la marche en forêt par rapport au groupe observé pendant la marche en ville. Les résultats comparés révèlent également une baisse de l’activité cérébrale et de l’activité du système nerveux sympathique, tous deux marqueurs de stress, pour le groupe situé en forêt. Autrement dit, tous nos marqueurs de stress ont une activité réduite. Les résultats sont formels : la marche en forêt a bel et bien un impact positif sur notre corps, qui connaît alors un mieux-être indéniable.


Mais son effet bénéfique n’est pas uniquement physique, il est aussi psychique. La balade en forêt améliore l’humeur, et réduit l’anxiété. Mieux encore, le risque de dépression est réduit de 10% si l’on se promène dans un bois ou un espace boisé à raison d’une demi-heure par semaine. Et le contact avec l’arbre renforce cet apaisement. Il nous permet d’absorber son énergie et de tirer notre force et notre bien-être de sa vitalité. En outre, il renforce notre stabilité émotionnelle, en réduisant notamment l’hostilité et l’état dépressif, et diminue notre pression sanguine.

N’oubliez pas de respirer !

Lorsque nous marchons en forêt ou lorsque nous enlaçons un arbre, celui-ci nous fait profiter de ses molécules de défense : les phytoncides et les terpènes qu’il sécrète, tels que les bactéricides ou les fongicides (molécules qui empêchent la prolifération de champignons parasites), jouent le rôle d’huiles essentielles volatiles. Ces molécules sont donc à l’origine de l’augmentation de l’activité du système nerveux parasympathique (preuve de notre apaisement), du nombre de cellules tueuses (également appelées lymphocytes) et de leur activité. De plus, elles réduisent significativement les hormones du stress et nous détendent, ce qui améliore ainsi la qualité de notre sommeil, prévient les insomnies et réduit les sentiments négatifs qui perturbent notre sommeil tels que la colère ou l’anxiété. Le professeur Miyazaki a remarqué, au cours d’une étude réalisée avec 12 individus de 37 à 55 ans, une hausse significative de ces lymphocytes : leur nombre serait 1,25 fois plus important après une journée en forêt, et jusqu’à 1,5 fois plus grand après deux jours, reflet d’une immunité renforcée. C’est pourquoi le simple fait de respirer en forêt nous fait tant de bien !

La sylvothérapie, une « science » ?

Si cette pratique se développe très rapidement et a gagné le Japon, l’Europe et l’Amérique du Nord, elle connait aussi des limites. Le shinrin-yoku est certes reconnu comme traitement médical depuis 1982, mais les premières données scientifiques ne datent que des années 1990. Le plus important reste l’état d’esprit : si ces chiffres sont encore nouveaux et en laissent certains sceptiques, tous les médecins s’accordent à dire, et ce depuis des siècles, que le contact avec la nature a un effet positif sur notre corps, surtout quand il se conjugue avec une activité sportive. Notre espérance de vie pourrait même s’en trouver augmentée de 7 ans ! Car notre corps n’a pas oublié la forêt. Et si nous pensions à venir à nouveau nous ressourcer auprès de ces êtres sereins et immuables que sont les arbres ?

 

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